Les tarifs douaniers ont créé de nouveaux défis pour la construction de centres de données en raison de l’augmentation des coûts de divers matériaux et composantes importés, et même de petites augmentations des prix ou des perturbations de la chaîne d’approvisionnement peuvent avoir des répercussions majeures. Nous examinons ci-après les cinq principales façons dont les tarifs douaniers ont une incidence sur la construction de centres de données et soulignons comment, malgré ces incidences, le Canada demeure un emplacement de choix pour l’aménagement de centres de données.
Augmentation des coûts de construction
L’imposition de nouveaux tarifs douaniers sur les matériaux essentiels comme l’acier, l’aluminium et le cuivre risque d’entraîner une augmentation considérable des coûts de construction de centres de données. Ces matériaux sont essentiels aux structures physiques et aux systèmes électriques des installations, qui comprennent des environnements de refroidissement pour les serveurs à haute densité. Certains analystes estiment que les coûts de construction pourraient augmenter de 5 % en raison des droits de douane sur les matières premières1.
Perturbations de la chaîne d’approvisionnement
Les tarifs douaniers ont exacerbé les goulots d’étranglement qui existaient déjà dans la chaîne d’approvisionnement et en ont créé de nouveaux, en particulier pour les composants électriques comme les transformateurs et l’infrastructure électrique. Wood Mackenzie, un important fournisseur d’information commerciale, affirme que les États-Unis importent plus de 80 % de leurs grands transformateurs de puissance. Le Canada, le Mexique, la Chine et l’UE fournissent divers types de matériel électrique aux États-Unis. En 2024, le Canada a fourni 20 % des importations américaines d’appareils de commutation à haute tension et 100 % de ses importations de poteaux destinés aux sociétés de services publics, soit en tout près de 15 % du marché américain.
Par conséquent, la hausse des tarifs douaniers non seulement rallongera les délais d’approvisionnement pour les composants déjà en forte demande et en offre limitée, mais causera également des retards dans la réalisation et la mise en service des nouveaux centres de données.
Incertitude dans la planification des marchés
La volatilité actuelle des politiques commerciales ajoute une couche de complexité indésirable à une catégorie d’actifs qui nécessite une planification à long terme et des investissements importants. Il devient de plus en plus difficile de budgéter des projets dans un contexte de fluctuations soudaines des tarifs douaniers. Alors qu’au printemps nous avons assisté au ralentissement ou à l’interruption des engagements de certains centres de données à très grande échelle, maintenant le vent semble tourner : Amazon a récemment annoncé son intention d’investir 20 G$ US en Pennsylvanie et 20 G$ AU en Australie pour agrandir l’infrastructure des centres de données, 10 G$ US en Caroline du Nord pour une nouvelle infrastructure infonuagique et 5 G$ US dans une grappe de centres de données à Taïwan.
Incidence sur l’IA et les applications avancées
La conséquence la plus importante réside peut-être dans la façon dont les tarifs douaniers entravent l’infrastructure nécessaire au développement de l’IA. Les systèmes informatiques à haute performance et les charges de travail d’IA dépendent fortement de matériel de pointe comme les UTG, les accélérateurs spécialisés et les systèmes de refroidissement par liquide, qui sont souvent importés de pays visés par la hausse des tarifs douaniers. La hausse des coûts de ces produits pourrait ralentir l’innovation et le déploiement de solutions d’IA de nouvelle génération.
Contrainte sur l’accès à l’énergie
L’infrastructure énergétique est le moteur des centres de données, et la hausse des tarifs vient s’ajouter aux problèmes de surcharge du réseau et de répartition des ressources. L’augmentation des coûts des transformateurs et d’autres composantes électriques pourrait rendre plus difficile l’accès à une énergie fiable et abordable. Cette situation est particulièrement problématique dans les régions à forte demande où la capacité du réseau est déjà limitée.
Le paysage canadien
Malgré ces facteurs, le Canada bénéficie d’une multitude d’avantages stratégiques pour le développement des centres de données :
- la proximité des principaux marchés – agir à titre principal de nœud de connectivité2;
- les coûts énergétiques plus abordables, particulièrement au Québec et en Colombie-Britannique;
- une infrastructure énergétique considérable, y compris les énergies renouvelables (essentielle pour les grandes entreprises technologiques ayant des objectifs de durabilité);
- un climat favorable qui réduit le besoin de refroidissement artificiel et atténue le risque d’événements météorologiques extrêmes;
- des lois rigoureuses sur la protection des renseignements personnels;
- une main-d’œuvre qualifiée; les centres de données nécessitent une main-d’œuvre spécialisée à différents stades.
Le Canada a engagé plusieurs investissements majeurs dans l’infrastructure numérique. En décembre 2024, le gouvernement fédéral a dévoilé sa Stratégie sur la capacité de calcul souveraine pour l’IA, un plan de 2 M$ CA dont les objectifs sont les suivants : (i) contribuer à l’établissement et la croissance de champions canadiens en IA en investissant dans de nouveaux centres de données ou dans l’expansion de centres de données existants (grâce au Défi de la capacité de calcul pour l’IA); (ii) mettre en place une infrastructure publique de calcul informatique; et (iii) fournir des offres de puissance de calcul abordables aux petites et moyennes entreprises (par l’intermédiaire du Fonds d’accès à une capacité de calcul pour l’IA)3 afin de renforcer la capacité de calcul informatique nationale.
L’intelligence artificielle occupait déjà une place de choix dans la plateforme électorale du premier ministre Mark Carney, et le Canada a nommé son tout premier ministre de l’intelligence artificielle, ce qui est un indicateur clair que la souveraineté économique du Canada est étroitement liée à sa stratégie visant à devenir un chef de file de l’innovation numérique. À l’échelle provinciale, et comme Bennett Jones l’a abordé en détail dans un article précédent disponible ici, le gouvernement de l’Alberta a lancé une stratégie visant les centres de données pour l’IA, ce qui illustre notamment comment la province est bien positionnée en matière d’aménagement de centre de données.
Dans le secteur privé, on observe depuis un certain temps une préférence pour l’infrastructure canadienne, en partie pour atténuer les risques transfrontaliers liés aux données et aux tarifs. En mai 2025, TELUS a annoncé un investissement de 70 G$ CA sur cinq ans pour étendre et améliorer son infrastructure de réseau et ses activités partout au Canada, en partie pour « favoriser l’innovation à l’échelle locale et soutenir la prospérité des collectivités urbaines et rurales ». Il convient de mentionner également l’ouverture de deux usines pour une IA souveraine à Kamloops (Colombie-Britannique) et à Rimouski (Québec). Dans le même ordre d’idées, Bell Canada a annoncé le lancement du Réseau d’IA tissé de Bell, un réseau développé à l’échelle nationale, en commençant par une supergrappe de centres de données en Colombie-Britannique, laquelle fournira près de 500 MW de capacité de calcul pour l’IA alimentée par l’hydroélectricité, dans six installations.
Naviguer dans le nouveau paysage
Les tarifs incitent les entreprises qui participent au développement de centres de données à repenser leurs stratégies. Beaucoup cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement, à s’approvisionner localement ou à investir dans de nouvelles solutions énergétiques pour atténuer l’impact de l’augmentation des tarifs douaniers. Bien que ces mesures d’adaptation prennent du temps et que le chemin à parcourir demeure incertain, le Canada est bien parti pour devenir une puissance mondiale en matière de centres de données2.
Bennett Jones a abordé les effets généralisés des tarifs douaniers sur les coûts de construction dans un article de blogue précédent intitulé Naviguer dans les tensions tarifaires entre les États-Unis et le Canada : Gestion des risques dans les contrats de construction, ainsi que la façon dont les fonds de capital-investissement investissent dans l’infrastructure numérique nécessaire au développement des centres de données dans un autre article intitulé L’apport en capital-investissement à l’ère des pioches et des pelles dans un contexte de forte croissance du secteur de l’infrastructure pour l’IA.
Bennett Jones propose des solutions juridiques complètes adaptées aux besoins particuliers de l’élaboration de projets de centres de données. Nous disposons d’une équipe chevronnée qui possède l’expertise pluridisciplinaire nécessaire pour soutenir ce type de projets. Pour en savoir plus sur les qualifications et l’expérience de nos différentes équipes, veuillez consulter les pages dédiées à nos domaines de pratique énergie, infrastructures, construction, immobilier commercial, réglementation de l’énergie, fiscalité et propriété intellectuelle.
Pour discuter de l’incidence des tarifs douaniers sur l’élaboration de projets de centres de données et des mesures d’adaptation appropriées pour votre organisation, veuillez communiquer avec l’un des auteurs.
1 CBRE. (19 mars 2025) On again, off again: Tariffs & commercial real estate. CBRE Insights. https://www.cbre.com/insights/briefs/on-again-off-again-tariffs-and-commercial-real-estate
2 Foster, D. (31 décembre 2024). Data centres: Powering innovation by migrating north. Ivey Business Review. https://www.iveybusinessreview.ca/magazine/articles/canada-data-centres
3 Canadian Defence Review. (5 décembre 2024) Canada launches Canadian Sovereign AI Compute Strategy. Canadian Defence Review. https://canadiandefencereview.com/canada-launches-canadian-sovereign-ai-compute-strategy






















