Le marché canadien des fusions et acquisitions a commencé 2026 sur la lancée d’une solide année 2025, bien que l’activité ait ralenti au premier trimestre dans l’incertitude géopolitique accrue. Plutôt que de signaler un repli général, le trimestre a été marqué par une approche plus sélective en matière de fusions et d’acquisitions : la valeur totale des opérations a atteint 62,3 milliards de dollars américains pour 730 opérations, les 10 principales opérations représentant près de 70 % de cette valeur. Les acheteurs et les vendeurs ont privilégié l’envergure, la qualité et la convergence des stratégies, se concentrant dans les secteurs d’activité considérés comme stratégiques à l’échelle nationale, notamment l’énergie, les mines et les infrastructures.
Le secteur minier a continué de faire bonne figure, en raison des prix élevés de l’or et d’une demande soutenue de la part des banques centrales, tandis que les opérations dans le secteur des infrastructures ont pris de l’élan à mesure que les cadres réglementaires ont évolué et que des initiatives de développement national ont pris forme. Comme nous l’avons mentionné lors de notre examen trimestriel, ces facteurs indiquent un environnement de fusions et d’acquisitions au Canada en bonne position pour connaître une forte activité à mesure que les processus d’approbation se précisent et que les investisseurs gagnent en confiance.
Dans cette mise à jour trimestrielle, nous examinons :
- les secteurs où se concentre l’activité de fusions et d’acquisitions au Canada;
- le rôle de la hausse des prix des marchandises dans la croissance du nombre d’opérations du secteur minier;
- comment l’évolution des cadres réglementaires prépare le terrain à une hausse de l’activité plus tard en 2026.
Après une excellente année 2025, l’activité de fusions et d’acquisitions a ralenti au Canada au début de 2026, tant par la valeur des opérations que par leur nombre. Au premier trimestre de 2026, les fusions et acquisitions canadiennes annoncées et réalisées s’élevaient à 62,3 milliards de dollars américains pour 730 opérations, comparativement à 86,6 milliards de dollars américains pour 845 opérations au quatrième trimestre de 2025. Cette baisse découle en partie d’une combinaison de pressions macroéconomiques et d’une incertitude géopolitique accrue, ce qui amène de nombreux négociateurs à adopter une approche plus prudente et réfléchie. Il est important de noter que cette pause semble plus tactique que structurelle : le Canada continue d’être vu comme un marché stable et prévisible, ce qui le place en bonne position à mesure que les acheteurs et les vendeurs retrouvent confiance. Dans ce contexte, la conjoncture pourrait finir par favoriser des fusions et des acquisitions opportunes et stratégiques à mesure que la situation s’éclaircit.
Le trimestre a été marqué par une concentration de la valeur dans des opérations de plus grande envergure. Les 10 principales opérations parmi celles dont la valeur a été divulguée représentaient près de 70 % de la valeur totale des fusions et des acquisitions au Canada au premier trimestre de 2026, ce qui témoigne d’une confiance toujours forte pour des opérations stratégiques importantes. Cette concentration suggère également que les acheteurs bien capitalisés continuent de rechercher des actifs de haute qualité et sont prêts à conclure des opérations malgré l’incertitude à court terme.
Au premier trimestre de 2026, les secteurs bénéficiant de vigoureuses données fondamentales et de cadres politiques favorables sont ceux où il a eu le plus d’activité au Canada. Le secteur de l’énergie s’est classé premier en valeur d’opérations, avec 14,8 milliards de dollars américains pour 31 opérations, suivi par les mines, avec 12,5 milliards de dollars américains pour 190 opérations, surtout dans l’or, et les services publics, avec 10,4 milliards de dollars américains pour 6 opérations.
La composition sectorielle des plus importantes opérations du trimestre est un autre indice de cette concentration de valeur. Deux des 10 principales opérations ont été réalisées dans le secteur de l’énergie, 3 dans les mines et 2 dans les services publics. Cette tendance témoigne d’une demande d’achat soutenue pour les secteurs considérés comme stratégiques, résilients et alignés sur la base de ressources et les priorités en matière d’infrastructure du Canada, ce qui indique une confiance continue dans la création de valeur à long terme, malgré l’incertitude du marché dans son ensemble.
Secteur minier : Essor sélectif dans un contexte d’activité au ralenti
Le secteur minier s’est démarqué au premier trimestre de 2026 par des opérations de grande envergure, principalement dans le domaine aurifère, dans un contexte macroéconomique qui a créé des occasions uniques pour le secteur.
Les prix de l’or ont atteint des sommets historiques au début de 2026, dépassant 5 500 dollars américains l’once en janvier 2026 et terminant le premier trimestre de 2026 à 4 554 dollars américains, en hausse de près de 50 % par rapport à l’année précédente, ce métal se classant parmi les principales catégories d’actifs les plus performantes sur toute période de référence significative. Ce sont des facteurs structurels et non spéculatifs qui expliquent cette performance : les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par année depuis 2022, tandis que les portefeuilles d’actions institutionnels demeurent en grande partie sous-exposés aux principales catégories d’actifs miniers. En tenant compte de ce contexte, de grandes institutions comme BMO Marchés des capitaux ont publié des scénarios haussiers selon lesquels le prix de l’or atteindrait 8 650 dollars américains l’once et celui de l’argent, 220 dollars américains l’once d’ici 2027.
La croissance interne des producteurs continue à faire face à des difficultés structurelles. De nombreuses sociétés minières de grande ou de moyenne taille ont du mal à renouveler leur production annuelle, ce qui fait de l’acquisition le principal moyen d’augmenter les réserves. Depuis le début de 2025, 9 prises de contrôle de sociétés minières aurifères canadiennes ont dépassé 1 milliard de dollars américains, le domaine aurifère représentant 54 % de l’activité du marché intermédiaire du secteur minier au Canada pendant cette période.
Dans ce contexte, les opérations minières demeurent disciplinées et thématiques. Les prix élevés et les bilans solides des producteurs continuent à favoriser la consolidation et la rationalisation de portefeuille. Le cuivre et les minéraux critiques sont tout aussi importants, les déséquilibres entre l’offre et la demande ainsi que les initiatives gouvernementales – y compris le Fonds souverain pour les minéraux critiques de 2 milliards de dollars – incitant davantage à conclure des ententes.
Les structures d’opération évoluent en conséquence : les coentreprises et les ententes d’acquisition, de redevances ou de production viennent de plus en plus compléter les opérations traditionnelles en espèces et en actions afin d’atténuer les risques liés à l’exploitation minière et à la compétence, tandis que les grandes entreprises procèdent à la vente d’actifs non stratégiques pour concentrer leur capital dans les marchandises de base.
L’intérêt transfrontalier demeure élevé, en particulier pour les émetteurs canadiens détenteurs d’actifs de niveau 1 et de projets d’infrastructure sans risque. La valeur des opérations de fusions et d’acquisitions entrantes au Canada a atteint 98,5 milliards de dollars américains en 2025, soit environ le double de l’année précédente. Les structures d’opération s’adaptent aux conditions actuelles, avec l’utilisation plus fréquente de clauses d’indexation sur les bénéfices futurs et de contreparties conditionnelles pour combler les écarts de valorisation, tandis que les examens plus approfondis réalisés dans le cadre de la Loi sur Investissement Canada allongent les délais de clôture, sans toutefois nuire aux opérations bien préparées. Les conseils d’administration renforcent leur diligence en matière de gestion des résidus, des trajectoires de décarbonisation et des engagements en matière d’infrastructure à long terme qui peuvent avoir une incidence importante sur la rentabilité d’une mine sur sa durée de vie. Du côté du financement, le capital-investissement et le capital convertible sont de plus en plus souvent associés à des flux de revenus, à des redevances et à des conventions d’achat de production future pour adapter le financement au risque et à l’échéancier du projet.
L’or et le cuivre devraient continuer de soutenir l’activité. Des acheteurs bien capitalisés ciblent des entreprises d’envergure et de qualité, tandis que les petites sociétés utilisent des partenariats stratégiques et un environnement politique favorable pour développer leurs projets. Dans un secteur caractérisé par l’épuisement des réserves et des cycles de marchandises qui récompensent la confiance, les conditions favorables aux fusions et aux acquisitions dans le secteur minier au Canada restent aussi intéressantes qu’elles l’ont été au cours des 10 dernières années, voire plus.
Fusions et acquisitions en infrastructures : élan donné par les politiques et regain d’activité
La valeur des fusions et des acquisitions dans le secteur mondial des transports, de la logistique et des infrastructures a augmenté d’environ 67 % par rapport à l’exercice précédent pour s’établir à 323 milliards de dollars américains en 2025, (article en anglais), ce qui témoigne de l’augmentation d’une confiance déjà forte des investisseurs envers le secteur. Les opérations dans le secteur des infrastructures étaient étroitement liées aux cadres réglementaires en évolution au premier trimestre de 2026, les participants au marché se concentrant sur l’incidence potentielle du Bureau des grands projets. L’intention du gouvernement fédéral d’« accélérer » le processus d’approbation réglementaire des projets énumérés – et l’accélération proposée by the Alberta provincial government as well as other provincial initiatives and legislation across the nation aimed at streamlining project development, such as projet de loi 5 de l’Ontario et l’Infrastructure Projects Act de la Colombie-Britannique – témoigne d’une prise de conscience croissante du fait que le cadre réglementaire actuel du Canada a entravé le développement de projets importants dans tout le pays et qu’un changement s’impose. Bien que ces défis aient contribué au report de certains projets pétroliers et gaziers importants au cours du trimestre, ils préparent également le terrain pour une augmentation des opérations à mesure que les processus d’approbation deviendront plus clairs et plus prévisibles.
Dans ce contexte, l’activité de fusions et d’acquisitions en infrastructures demeure concentrée dans des segments tels que l’énergie, les transports et les actifs liés au domaine minier. Beaucoup de ces projets sont de grande envergure et capitalistiques, nécessitant des investissements importants pour soutenir leur développement. Au Canada, la pénurie de main-d’œuvre se fait toujours sentir dans le secteur de la construction et ce secteur d’emploi est l’un des rares en croissance dans le pays.
Les priorités gouvernementales continuent d’influencer les thèmes des opérations. Un regain d’attention sur la diversification économique et la résilience de la chaîne d’approvisionnement devrait entraîner des investissements importants dans des projets d’infrastructure essentielle d’envergure partout au Canada, en particulier dans le secteur de la production et de la transmission d’électricité, dans les centres de données et les mines. De plus, le gouvernement fédéral demeure déterminé à encourager les projets de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) partout au Canada, ayant récemment lancé un appel de propositions dans lequel les entreprises peuvent soumettre des lettres d’intention pour soutenir les études de conception préliminaire et les travaux d’ingénierie pour des projets de CUSC. Cet engagement précoce pourrait se traduire par des fusions et des acquisitions motivées par des partenariats à mesure que les projets progressent vers la commercialisation.
Dans l’ensemble des provinces, le Québec se distingue par sa résilience et sa constance en matière de fusions et d’acquisitions dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, avec une deuxième privatisation d’un promoteur d’énergie renouvelable basé au Québec, d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, en moins d’un an. L’activité dans la province est à l’image de la tendance nationale plus large, les investisseurs continuant de déployer des capitaux dans l’énergie propre, la décarbonisation, les infrastructures numériques et les projets de construction à grande échelle. L’activité a été soutenue par des initiatives gouvernementales accélérant les dépenses en infrastructure et par la demande croissante d’actifs à forte intensité énergétique, ce qui a stimulé des secteurs tels que les énergies renouvelables, la modernisation des réseaux et le stockage. Le Québec continue d’attirer les fonds de pension et les investisseurs mondiaux en infrastructures, en partie grâce à son environnement réglementaire prévisible et au rôle central d’Hydro-Québec dans l’écosystème.
Dans l’ensemble, les perspectives en matière de fusions et d’acquisitions en infrastructures au Canada s’améliorent. À mesure que les initiatives de développement national progressent, que les processus d’approbation évoluent et que l’élan mondial en matière d’investissements dans les infrastructures se maintient, les actifs d’infrastructure devraient occuper une place plus importante dans l’activité de fusions et d’acquisitions au Canada pour le reste de 2026 et au-delà, soutenus par des signaux politiques favorables, un accès au capital et une confiance croissante des investisseurs.
Ce que l’avenir nous réserve
L’activité de fusions et d’acquisitions au Canada semble en bonne position alors que l’incertitude commence à s’apaiser et que la confiance revient graduellement. Des initiatives de développement national, l’évolution de la réglementation et un accès durable à des capitaux à long terme devraient soutenir une augmentation des opérations de fusions et d’acquisitions, en particulier dans les secteurs de l’énergie, des mines, des infrastructures et d’autres secteurs stratégiques. Bien que l’approche en matière d’évaluation et de structure devrait demeurer disciplinée, les acheteurs bien capitalisés se concentrent de plus en plus sur l’envergure, la qualité et les actifs à long terme. Dans ce contexte, la stabilité du Canada et le soutien offert par ses politiques devraient créer des conditions intéressantes pour des opérations bien exécutées en temps opportun jusqu’à la fin de 2026.
Le groupe Fusions et acquisitions de Bennett Jones
Le groupe Fusions et acquisitions de Bennett Jones couvre tous les secteurs, en particulier ceux qui stimulent l’économie canadienne. Pour discuter des événements et des possibilités qui façonnent le contexte des fusions et des acquisitions, veuillez contacter l’un des auteurs.
* Tous les chiffres sont conformes aux données de S&P Global Market Intelligence en dollars américains pour les opérations annoncées ou réalisées, lorsqu’une société canadienne est l’acquéreuse, la cible ou la vendeuse, au 31 mars 2026.



















