Le budget du Canada de 2025, publié le 4 novembre, présente la « Stratégie de compétitivité climatique » du gouvernement fédéral dans le cadre de la nouvelle vision du gouvernement pour la politique sur les changements climatiques. Il s’agit du premier budget du gouvernement libéral depuis son élection en avril et il suit les messages cohérents des derniers mois : le gouvernement s’efforce de créer des conditions qui attireront les investissements au Canada, tout en bâtissant un avenir carboneutre abordable dans lequel les entreprises canadiennes sont bien positionnées pour être concurrentielles et réussir dans l’économie mondiale.
La Stratégie de compétitivité climatique semble être un pilier central du plan du gouvernement visant à renforcer l’économie canadienne; toutefois, un certain nombre de questions importantes sont demeurées sans réponse. Plus particulièrement, le gouvernement fédéral n’a pas éliminé les plans de plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. Le gouvernement fédéral en est à ses débuts, mais il s’est concentré sur le rééquilibrage de ses priorités environnementales et énergétiques dans une économie mondiale qui pose de sérieux défis à la prospérité à long terme du Canada.
Le vote de confiance sur le budget a eu lieu le 17 novembre 2025.
Une superpuissance énergétique
Le Premier ministre Carney a répété à maintes reprises que le Canada devait devenir une superpuissance énergétique mondiale. À cette fin, le budget a inclus la Stratégie canadienne de compétitivité climatique (Stratégie) dans la vision du gouvernement fédéral concernant le rôle du Canada dans l’économie de l’énergie propre.
Tarification du carbone industriel et échange de droits d’émission
Trajectoire de la tarification du carbone : Le prix actuel du carbone devrait augmenter de 15 $ CA la tonne d’équivalent CO2 sur une base annuelle, pour finalement s’établir à 170 $ CA en 2030. La Stratégie indique que le gouvernement fédéral mobilisera les gouvernements provinciaux et territoriaux pour établir une trajectoire de tarification du carbone qui vise la carboneutralité d’ici 2050. Cette initiative devrait offrir aux investisseurs une certitude à long terme en ce qui concerne le prix du carbone au Canada. Le gouvernement reconnaît que les marchés du carbone du Canada ne fonctionnent pas aussi bien qu’ils le devraient et il s’engage à les améliorer.
Référence et filet de sécurité : À l’heure actuelle, les provinces et les territoires peuvent adopter leur propre régime de tarification du carbone, pourvu que ce régime soit aussi rigoureux que l’équivalent fédéral. Si le régime provincial ou territorial est moins rigoureux, le gouvernement fédéral impose le « filet de sécurité » pour veiller à ce que la tarification du carbone soit uniforme partout au pays. La Stratégie indique que le gouvernement améliorera l’application de l’étalon, l’outil utilisé pour évaluer la rigueur d’un régime provincial ou territorial. Le gouvernement appliquera le filet de sécurité fédéral chaque fois qu’un système se situera en deçà du seuil, en déclarant qu’il le fera « rapidement et de façon transparente ».
Contrats pour la différence : Le Fonds de croissance du Canada, une initiative gouvernementale, continuera de conclure des ententes avec des entités qui encourageront les projets de technologies propres en offrant une certitude quant à la tarification du carbone. Si le prix du carbone change, ces contrats garantissent que les investisseurs signataires recevront des revenus constants pour leurs réductions d’émissions de carbone, ce qui leur donne la certitude de soutenir les investissements. La Stratégie réitère l’engagement du gouvernement à l’égard de cette initiative.
Règlement sur les gaz à effet de serre
Plafond des émissions de pétrole et de gaz : La stratégie est ambiguë quant à savoir si le plafond des émissions de pétrole et de gaz sera éliminé. Avec des marchés du carbone efficaces, une réglementation améliorée du méthane de pétrole et de gaz et le déploiement à l’échelle des technologies, comme le captage et le stockage du carbone, la Stratégie stipule que « le plafond des émissions de pétrole et de gaz ne serait plus nécessaire, car il aurait une valeur marginale dans la réduction des émissions ».
Méthane : En collaboration avec les provinces et les territoires, le gouvernement finalisera la réglementation améliorée sur le méthane pour le secteur pétrolier et gazier et les sites d’enfouissement. À l’heure actuelle, l’application de la réglementation sur le méthane dans l’ensemble du Canada n’est pas claire, et les investisseurs accueilleraient favorablement une plus grande certitude à cet égard.
Véhicules électriques : La Stratégie indique que le gouvernement annoncera les prochaines étapes de la politique canadienne sur les véhicules électriques au cours des prochaines semaines
Électricité : La Stratégie prévoit que le gouvernement fédéral collaborera avec les provinces et les territoires pour faire progresser les objectifs du Règlement sur l’électricité propre en vue d’un réseau canadien propre à mesure que la demande d’électricité augmentera. Dans le budget, le gouvernement fédéral a confirmé qu’il modifierait la Loi canadienne sur la protection de l’environnement afin de permettre la conclusion d’accords d’équivalence à long terme avec les provinces et les territoires pour tenir compte de l’objectif de carboneutralité d’ici 2050 du Règlement sur l’électricité propre. Les contestations provinciales de la constitutionnalité du Règlement sur l’électricité propre sont en cours. Le renvoi de l’Alberta à la Cour d’appel de l’Alberta sur la question devrait être entendu en juin 2026 (2025 ABCA 233).
Carburant propre : Des mises à jour ciblées du règlement sur les carburants propres sont attendues. Par exemple, en septembre 2025, le premier ministre Carney a indiqué que les modifications au Règlement sur les combustibles propres viseront les installations canadiennes de biocarburants.
Économie propre Crédits d’impôt à l’investissement
Le gouvernement a annoncé de nouveau ses quatre crédits d’impôt à l’investissement dans l’économie propre dans le budget de 2025. Elle a également annoncé d’autres changements au niveau des crédits :
- Confirmant l’intention du gouvernement de procéder à la mise en œuvre du crédit d’impôt à l’investissement pour l’électricité propre et proposant de supprimer les conditions imposées aux gouvernements provinciaux et territoriaux pour que leurs sociétés d’État soient admissibles
- Proposition de prolonger de cinq ans la disponibilité de la totalité des taux du crédit d’impôt à l’investissement pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), qui s’appliquerait de 2031 à 2035. Les taux de crédit resteraient inchangés de 2036 à 2040.
- Proposition d’élargir la liste des minéraux critiques admissibles au crédit d’impôt à l’investissement pour la fabrication de technologies propres afin d’y inclure l’antimoine, l’indium, le gallium, le germanium et le scandium, afin d’appuyer les investissements dans l’extraction, la transformation et le recyclage des sous-produits et des minéraux critiques.
Le gouvernement a annoncé qu’il mènerait des consultations sur la possibilité d’introduire une exigence de contenu national en vertu des crédits d’impôt à l’investissement pour les technologies propres et l’électricité propre.
Soutien à la fabrication et à la diversification énergétique
Le budget a introduit la passation en charges immédiate de certains actifs de fabrication et de transformation acquis après novembre 2025, ce qui pourrait être une bonne nouvelle pour les secteurs industriels et des technologies propres en croissance de l’Alberta. Les déductions pour amortissement accéléré pour les installations de GNL à faibles émissions de carbone semblent indiquer un soutien fédéral prudent à la diversification énergétique dans l’Ouest.
Projets miniers critiques
Le budget 2025 propose :
- Fournir 2 milliards de dollars canadiens sur cinq ans, à compter de 2026-2027, pour créer le Fonds souverain des minéraux critiques. Le fonds effectuera des investissements stratégiques dans des projets et des sociétés de minéraux critiques, y compris des placements en actions, des garanties de prêts et des accords d’enlèvement.
- Fournir 371,8 millions de dollars canadiens sur quatre ans, à compter de 2026-2027, pour créer le Fonds Premier et dernier kilomètre. Ce nouveau fonds appuierait le développement de projets de minéraux critiques et de chaînes d’approvisionnement dans les segments en amont et intermédiaire des chaînes de valeur, en mettant l’accent sur la mise en production de projets à court terme.
- Élargir l’admissibilité au crédit d’impôt pour l’exploration de minéraux critiques (CIEMC) afin d’inclure 12 minéraux critiques supplémentaires nécessaires à la défense, aux semi-conducteurs, à l’énergie et aux technologies propres : le bismuth, le césium, le chrome, le fluorspar, le germanium, l’indium, le manganèse, le molybdène, le niobium, le tantale, l’étain et le tungstène.
Mesures supplémentaires
L’écoblanchiment
Reconnaissant que les dispositions sur l’écoblanchiment contenues dans la Loi sur la concurrence récemment modifiée « ont l’effet contraire à celui souhaité », le budget 2025 annonce l’intention du gouvernement de proposer des modifications législatives visant à supprimer certains aspects des dispositions. Les protections contre les fausses demandes seraient maintenues. Cela pourrait signifier que l’exigence selon laquelle les représentations doivent être faites « selon un critère adéquat et approprié » et « sur la base d’une justification adéquate et appropriée conformément à la méthodologie reconnue à l’échelle internationale » sera maintenue, avec des modifications visant à clarifier la façon dont ces dispositions d’écoblanchiment peuvent s’appliquer à diverses industries.
Investissements et exportations
Des investissements majeurs dans l’infrastructure commerciale et les incitatifs à la fabrication viseront à encourager la diversification du commerce et la capacité d’exportation, ainsi que l’infrastructure publique et communautaire. Le Bureau des grands projets a été créé et une longue liste de projets a été dressée, notamment des projets de GNL, d’exploitation minière et de ports, mais aucun projet de pipeline ou de captage du carbone n’a encore été recensé. Nous avons précédemment publié un blog sur ce sujet, qui peut être consulté ici. Le ministre fédéral des Finances et du Revenu national a déclaré publiquement récemment que le gouvernement fédéral avait établi une stratégie de diversification du commerce et un fonds pour les corridors de diversification du commerce afin de doubler les exportations hors États-Unis au cours de la prochaine décennie. Le financement devrait être axé sur les ports, les points d’entrée et les chemins de fer afin de réduire les goulots d’étranglement et d’ouvrir des routes d’exportation plus rapides.
Conséquences de la stratégie pour les entreprises
Le budget de 2025 et la Stratégie visent à poursuivre l’objectif du premier ministre Carney de faire du Canada une « superpuissance énergétique ». Le budget et les messages du gouvernement depuis son arrivée au pouvoir constituent un changement important dans les grands projets et les politiques énergétiques du Canada par rapport au gouvernement libéral précédent. Il existe un optimisme prudent quant au fait que ces signaux positifs aux investisseurs accéléreront l’entrée de capitaux pour les projets d’énergie et d’infrastructure canadiens.
Nous prévoyons que d’autres annonces dans un avenir rapproché continueront d’offrir une certitude accrue aux investisseurs et au secteur de l’énergie.
Si vous avez des questions au sujet du budget récemment annoncé ou de la Stratégie, nous vous invitons à communiquer avec l’un des auteurs de ce billet de blogue.



















