Dans le monde complexe et à enjeux élevés des litiges en matière de brevets pharmaceutiques, le choix du tribunal compétent peut influencer considérablement l’issue d’une affaire. Pour les sociétés commercialisant ou cherchant à commercialiser des produits pharmaceutiques au Canada, la Cour fédérale se distingue comme un forum privilégié pour résoudre les litiges liés aux brevets pharmaceutiques. Ce blogue explore les avantages uniques de choisir la Cour fédérale du Canada comme instance pour les litiges en matière de brevets pharmaceutiques, en soulignant son expertise spécialisée, son efficacité procédurale et ses décisions fondées sur la jurisprudence.
Expertise spécialisée en droit des brevets
La Cour fédérale est le lieu privilégié pour trancher les litiges en matière de brevets au Canada en raison de sa compétence à l’échelle nationale et de son expertise spécialisée.
La compétence nationale de la Cour fédérale lui confère la capacité d’accorder une mesure de réparation dans tout le Canada dans une seule instance concernant des questions de contrefaçon et/ou de nullité. Les tribunaux supérieurs provinciaux peuvent entendre les actions en contrefaçon sur leur territoire, mais ne peuvent pas entendre les actions en destitution et, si une contrefaçon se produit dans plusieurs provinces, un demandeur doit intenter une action dans chaque province. Pour ces raisons, la Cour fédérale est généralement choisie comme instance canadienne pour trancher les litiges en matière de brevets.
La Cour fédérale du Canada s’est taillé une solide réputation en matière d’expertise en droit des brevets, en particulier dans le secteur des brevets pharmaceutiques. À compter de 2023, la Cour fédérale a créé des Chambres spécialisées de la Cour, notamment une Chambre de la propriété intellectuelle et de la concurrence. Les juges de la Cour fédérale ayant une expertise en droit de la propriété intellectuelle sont souvent affectés à cette chambre, et ils président fréquemment des litiges en matière de brevets, y compris ceux impliquant des technologies pharmaceutiques complexes. Cette expérience leur permet d’acquérir une compréhension approfondie des nuances scientifiques, techniques et juridiques qui sont souvent au cœur de ces affaires. Par conséquent, les parties impliquées dans des litiges en matière de brevets devant la Cour fédérale peuvent raisonnablement s’attendre à ce que les juges qui président leurs affaires possèdent une expertise dans le domaine concerné.
Efficacité procédurale et litige simplifié
Les litiges en matière de brevets pharmaceutiques impliquent souvent des questions urgentes, telles que le lancement de médicaments génériques. Au Canada, les litiges en matière de brevets pharmaceutiques sont souvent intentés en vertu du Règlement sur les médicaments brevetés (avis de conformité) (le Règlement), qui est le régime qui lie l’approbation des médicaments d’entrée subséquente au statut de brevet d’un médicament de référence. Certaines plaintes intentées en vertu des règlements créent un « sursis » de 24 mois pendant lequel le médicament d’entrée subséquente ne peut être approuvé pour la vente par Santé Canada pendant cette période.
La Cour fédérale est bien placée pour traiter efficacement les affaires portées devant elle en vertu des règlements, grâce à des procédures rationalisées et à des pratiques de gestion des affaires. Les principales caractéristiques comprennent :
- Gestion des dossiers : un juge chargé de la gestion des dossiers est affecté aux dossiers relevant de la réglementation, ce qui permet à un magistrat, généralement un juge associé, de se familiariser avec le dossier, de présider les conférences de gestion des dossiers et d’entendre et de trancher certaines motions préalables au procès. Les conférences de gestion des affaires permettent aux parties de régler rapidement les questions de procédure au début du processus contentieux, afin que les affaires se déroulent sans heurts et sans retards inutiles.
- Divulgation précoce et droits de découverte approfondis : un fabricant subséquent est tenu de divulguer, à un stade précoce, des documents de sa demande d’autorisation de mise en marché qui permettent au fabricant du médicament de référence d’évaluer d’éventuelles allégations de non-contrefaçon. Toutes les parties à la litige ont l’obligation positive de produire les documents pertinents et non privilégiés qui sont en leur pouvoir, en leur possession ou sous leur contrôle et de mettre à disposition un représentant d’entreprise pour un interrogatoire sous serment. Les inventeurs désignés de tout brevet en litige peuvent également faire l’objet d’une enquête pour établir les faits.
- Mesures de protection de la confidentialité : dans de nombreux cas en vertu des règlements, une ordonnance de protection régira le traitement des renseignements confidentiels désignés d’une contrepartie entre les parties. Ces ordonnances de protection limitent souvent le nombre d’employés d’une partie qui peuvent avoir accès aux renseignements confidentiels de la contrepartie. Bien que le Canada adhère fermement au principe de l’accès public aux tribunaux, des ordonnances de confidentialité peuvent également être émises par le tribunal pour permettre de sceller certains aspects des documents et des audiences des tribunaux au public.
- Décisions rapides : la Cour fédérale est reconnue pour son engagement à rendre des jugements rapides, ce qui est essentiel dans l’industrie pharmaceutique où l’exclusivité du marché et les délais réglementaires sont en jeu. Cela est particulièrement vrai dans certaines affaires portées devant les règlements, qui sont généralement tranchées en moins de 24 mois, faute de quoi le « surseoir » sera levé et Santé Canada pourrait accorder une autorisation de mise en marché au médicament d’entrée subséquente.
Prise de décision fondée sur des précédents
La vaste jurisprudence de la Cour fédérale en matière de brevets pharmaceutiques offre un niveau de prévisibilité qui est inestimable pour les plaideurs. Les décisions reposent sur des principes juridiques bien établis et le Tribunal fait souvent référence à sa propre jurisprudence, ce qui favorise la cohérence de ses décisions et le respect de la common law et du principe du précédent.
Tendances clés pour 2026
Les praticiens de la propriété intellectuelle au Canada se concentrent sur les principaux domaines de développement suivants en 2026 :
- Matière brevetable : en octobre 2025, la Cour suprême du Canada a entendu les plaidoiries dans l’affaire Pharmascience c. Janssen Inc, qui déterminera si une méthode de traitement médical constitue ou non une matière brevetable. La Cour s’est réservée son jugement et devrait être rendu d’ici le troisième trimestre 2026.
- Anticipation : la loi de l’anticipation au Canada consiste généralement à comparer un seul document aux revendications du ou des brevets en cause. Cependant, une décision de la Cour fédérale de 2025 a suscité un débat quant à savoir si l’anticipation devrait être évaluée à travers le prisme d’une seule « divulgation » plutôt que d’un seul « document ».
- Largeur excessive : depuis 2021, la largeur excessive est systématiquement reconnue par la Cour d’appel fédérale comme un motif indépendant d’invalidité de brevet. Cependant, son application continue d’évoluer, une décision de 2026 soulignant l’importance de la divulgation du brevet pour déterminer ce qui a été inventé, même lorsque les déclarations contenues dans la divulgation du brevet diffèrent du témoignage de l’inventeur lui-même.
- Article 8 – Dommages : si un fabricant d’entrée subséquente réussit dans une instance intentée en vertu des règlements, il pourrait avoir droit à une indemnisation pour les dommages subis pendant la période où il a été exclu du marché pendant le « délai » de 24 mois. L’étendue des dommages visés à l’article 8 a été élargie par des modifications apportées aux règlements en 2017, mais aucune affaire fondée sur cette disposition modifiée n’a encore été tranchée en jugement.
Conclusion
Choisir la Cour fédérale du Canada comme instance pour les litiges en matière de brevets pharmaceutiques offre un éventail d’avantages stratégiques, allant de l’expertise judiciaire spécialisée à l’efficacité procédurale et aux décisions fondées sur la jurisprudence. Pour les sociétés pharmaceutiques qui doivent composer avec les complexités des litiges en matière de brevets, la Cour fédérale offre un tribunal non seulement bien équipé pour gérer les défis techniques et juridiques de ces affaires, mais aussi en phase avec les objectifs plus larges d’innovation et d’équité du marché.
À mesure que l’industrie pharmaceutique continue d’évoluer, le rôle de la Cour fédérale en tant que pilier du paysage canadien des litiges en matière de brevets restera essentiel. Les sociétés qui cherchent à protéger leurs innovations et à faire valoir leurs droits de brevet seraient bien avisées de considérer la Cour fédérale du Canada comme le lieu de choix pour leurs litiges.
Veuillez noter que cette publication présente un aperçu des tendances juridiques importantes et des mises à jour connexes. Elle est fournie à titre informatif et ne vise pas à remplacer des conseils juridiques approfondis. Si vous avez besoin de conseils adaptés à votre situation particulière, veuillez contacter l’un des auteurs, le Groupe de propriété intellectuelle ou leGroupe de litige commercial pour explorer comment nous pouvons vous aider à répondre à vos besoins juridiques.





















