Perspective

Data Centre West 2026: 
le moment est venu pour l’infrastructure numérique de l’Alberta

Larissa D. Lees et Jessica Kennedy
22 septembre 2026
Gros plan sur des conduites de refroidissement industrielles polies au premier plan d’un centre de données moderne
Auteur(e)s
Larissa D. LeesAvocate
Jessica KennedyAssociée

Bennett Jones a participé à la conférence Data Centre West 2026 à Calgary plus tôt ce mois-ci, organisée par la Western Canada Data Centre Alliance, et a échangé avec des représentants de l'industrie, des gouvernements et des organismes de réglementation sur les enjeux auxquels fait face le secteur de l'infrastructure numérique en pleine croissance de l'Alberta. Cette année, les discussions ont porté sur les perspectives de demande liées aux hyperscalers et à l'IA, l'approvisionnement en électricité et les défis d'accès au réseau, le cadre réglementaire de l'Alberta, les contraintes de la chaîne d'approvisionnement et la disponibilité de la main-d'œuvre, ainsi que la durabilité et la mobilisation communautaire, ce qui reflète un secteur qui a largement dépassé le stade de l'intérêt préliminaire pour entrer dans une phase active de développement et d'investissement.

Le paysage des centres de données en Alberta a changé de façon marquée au cours des 18 derniers mois. Ce qui relevait auparavant d'un intérêt spéculatif s'est transformé en milliards de dollars d'investissements engagés, en un cadre législatif et réglementaire sur mesure et en une file d'attente de raccordement au réseau qui dépasse largement la capacité de transport disponible dans la province. Bien que l'enthousiasme à l'égard du potentiel de l'Alberta en matière de centres de données demeure fort, les hyperscalers, les gouvernements et les collectivités s'attardent de plus en plus aux considérations pratiques et stratégiques qui détermineront l'évolution de cette croissance.

Le signal hyperscale est bien réel

L'Alberta s'est imposée comme une destination de premier plan pour les investissements dans les centres de données hyperscale. L'annonce de Meta, en juillet 2026, d'un centre de données de 13 milliards de dollars canadiens à l'échelle du gigawatt dans le comté de Sturgeon — le premier au Canada — a fait progresser de manière notable la conversation. Le projet est jumelé au Greenlight Electricity Centre, une installation de production d'électricité au gaz naturel de 932 MW développée par Pembina Pipeline Corporation, Morgan Stanley Infrastructure Partners et Kineticor Asset Management, d'une valeur de 4,6 milliards de dollars canadiens, et représente à ce jour la plus importante décision d'investissement confirmée dans l'infrastructure numérique de l'Alberta.

Des représentants de Meta et d'AWS figuraient parmi les conférenciers. Rachel Curran, Head of Public Policy for Meta Canada, a souligné que l'Alberta a établi un précédent au Canada et créé un environnement réglementaire capable d'attirer de grands hyperscalers. Shannon Kellogg, Vice President of Public Policy chez AWS, a insisté sur l'importance de collaborer avec des gouvernements qui offrent une stabilité des politiques. La combinaison, en Alberta, d'une disponibilité énergétique, d'un environnement favorable aux affaires et d'une certitude réglementaire a été un facteur clé dans les décisions d'investissement des hyperscalers.

Toutefois, l'ampleur de l'intérêt continue de dépasser ce que le réseau peut absorber. L'AESO signale que la charge demandée par les centres de données dépasse désormais 20 600 MW, soit bien au-delà de la demande de pointe de la province, qui est d'environ 13 000 MW. 

Les présentations des représentants du gouvernement de l'Alberta ont fait ressortir une double priorité : attirer les investissements et protéger les consommateurs : 

  • Le ministre Sigurdson a insisté sur la nécessité d'équilibrer la croissance des centres de données avec la fiabilité et l'abordabilité de l'électricité, affirmant que la fiabilité du réseau passe avant tout et que les centres de données doivent « assumer leurs propres coûts ». 
  • Le ministre Glubish a présenté l'IA dans une perspective plus large, soutenant que cette technologie est au cœur des avancées les plus importantes de cette génération, y compris sur le plan environnemental, et que l'Alberta devrait l'adopter avec enthousiasme. 
  • La première ministre Smith a réitéré cet appui tout en demandant à l'industrie d'aider le gouvernement à répondre aux inquiétudes du public à l'égard de l'IA, de la surveillance à la sécurité. Sa vidéo d'août 2026 répondant aux questions courantes sur les centres de données a été citée favorablement par les présentateurs, qui ont indiqué l'avoir partagée à l'étranger comme exemple de leadership gouvernemental.

Résoudre l'enjeu énergétique : le cadre BYOG

L'électricité a été le thème dominant de la journée, et pour cause : l'accès au réseau est devenu la principale contrainte au développement des centres de données en Alberta.

Le Data Centre Regulation (AR 117/2026) du gouvernement de l'Alberta, adopté le 9 juin 2026, codifie la politique provinciale dite du « bring your own generation » (BYOG) et fournit le fondement juridique du processus de raccordement au réseau de l'AESO pour les grands centres de données (ceux qui demandent un raccordement au réseau supérieur à 75 MW). Le Data Centre Regulation introduit un mécanisme d'arrimage en vertu duquel les promoteurs de grands centres de données s'engagent à ajouter au réseau commun une production compensatoire, les grands centres de données arrimés recevant la priorité sur les concurrents non arrimés. Des dispositions transitoires permettent un accès limité au réseau pendant une période pouvant aller jusqu'à trois ans, sous réserve d'un risque accru d'écrêtement. Pour de plus amples renseignements, consultez notre billet, Alberta's BYOG Framework: What Data Centre and Generation Proponents Need to Know.

Comme cela a été annoncé en ligne pendant la conférence, le lancement du premier processus BYOG de l'AESO a été reporté à plus tard cet automne, une période de réception des demandes de six semaines devant s'ouvrir peu après.

Incertitude fédérale en matière de droit d'auteur et entraînement de l'IA

L'une des observations les plus importantes formulées lors de la conférence est venue de Shannon Kellogg d'AWS, qui a exprimé l'avis que, dans l'état actuel du droit d'auteur fédéral, la capacité de calcul destinée à l'entraînement de l'IA (c.-à-d. les grands modèles de langage) est essentiellement exclue du Canada. Selon M. Kellogg, cela limite considérablement l'ampleur du développement des centres de données pouvant aller de l'avant au Canada.

Le problème tient au fait que la Loi sur le droit d'auteur du Canada ne prévoit pas d'exception explicite pour la fouille de textes et de données, soit l'analyse computationnelle de grands ensembles de données qui sous-tend l'entraînement des modèles d'IA. Le gouvernement fédéral a mené une consultation publique sur le droit d'auteur et l'IA générative en 2023-2024 et a publié un rapport sur ce qui a été entendu en février 2025, sans toutefois donner suite à des modifications législatives. La récente stratégie fédérale AI for All, publiée le 4 juin 2026, n'a pas abordé la question.

Pour l'Alberta, cela soulève une question importante. Le débat fédéral non résolu sur la façon dont le droit d'auteur canadien s'applique aux charges de travail liées à l'entraînement de l'IA — lesquelles sont très intensives en calcul et constituent un cas d'utilisation stratégiquement précieux pour les centres de données — pourrait rendre difficile la localisation en toute confiance de ces charges de travail au Canada. Par conséquent, une grande partie de l'infrastructure en cours de développement pourrait être limitée à l'inférence, au stockage et à d'autres applications de moindre intensité. Une clarification fédérale concernant le droit d'auteur et la fouille de textes et de données constitue donc un enjeu d'infrastructure et de compétitivité qui touche directement la proposition de valeur mise de l'avant par l'Alberta.

Considérations relatives à l'infrastructure, à l'énergie et au développement

Bill Kleyman d'Apolo.us, qui a prononcé le discours d'ouverture, a cité les recherches de 2026 d'AFCOM indiquant que 74 % des répondants du secteur planifient une infrastructure compatible avec l'IA et que 65 % utilisent ou envisagent une production sur place. Son message central : un premier bloc crédible de 50 à 100 MW assorti d'une voie claire de croissance peut avoir plus de valeur qu'un gigawatt théorique. Les panélistes ont réitéré que la demande des clients, l'énergie livrable, les permis, les relations avec la collectivité et la participation précoce des entrepreneurs doivent faire partie d'une même conversation. Comme l'a résumé un panéliste : « Les promoteurs de centres de données ont besoin de deux choses : de l'électricité et du courage. »

Plusieurs observations pratiques sont pertinentes pour les promoteurs qui naviguent dans le cadre albertain : la livraison par phases et le délai jusqu'à la première mise sous tension sont des jalons critiques; les stratégies énergétiques hybrides combinant le réseau et la production sur place gagnent du terrain, conformément à la souplesse du cadre BYOG; l'infrastructure de refroidissement devient aussi stratégique que l'électricité à des densités de racks plus élevées; et la disponibilité de la main-d'œuvre, particulièrement dans les régions moins urbanisées, rend l'architecture modulaire de plus en plus importante. Un thème récurrent était l'importance pour l'Alberta de construire des centres de données et des installations énergétiques connexes d'une manière adaptée à ses propres ressources énergétiques, à sa géographie et à son climat.

Buddy Rizer, Executive Director of Economic Development de Loudoun County, en Virginie, qui abrite aujourd'hui la plus grande concentration de centres de données au monde, a fourni un contexte et une expérience instructifs. Sous sa direction, Loudoun a attiré plus de 65 milliards de dollars américains d'investissements commerciaux, et l'assiette fiscale des centres de données a contribué à réduire le taux de taxe foncière résidentielle de plus de 48 cents par dollar, ce qui représente environ 4 500 $ US d'économies annuelles par ménage possédant deux voitures. Les leçons de planification de M. Rizer étaient tout aussi instructives : l'importance d'une sélection rigoureuse des sites, la prise en compte du bruit dans la conception des installations, l'évaluation précoce des besoins en eau et en refroidissement, et la transparence ainsi que le caractère exécutoire des engagements envers la collectivité. Son insistance sur la protection des autres payeurs par une répartition équitable des coûts est directement pertinente pour l'Alberta, où le Data Centre Regulation et la redevance applicable aux centres de données (discutés ici) reflètent des objectifs stratégiques semblables.

Durabilité

L'avantage naturel du climat de l'Alberta pour le refroidissement demeure un attribut distinctif. L'installation de Meta dans le comté de Sturgeon comprendra un système de refroidissement à eau en circuit fermé et 60 millions de dollars canadiens en améliorations d'infrastructure locale, des engagements qui s'harmonisent avec les Principes pour un développement responsable des centres de données au Canada récemment publiés par le gouvernement fédéral. Plus largement, les questions entourant les émissions provenant de la production d'électricité au gaz naturel et le rôle des énergies renouvelables demeurent d'actualité, Rachel Curran, Head of Public Policy for Meta Canada, ayant indiqué que Meta entend soutenir plusieurs GW d'investissements dans les énergies renouvelables en Alberta à court terme.

Mobilisation communautaire

Au cœur des discussions figuraient les préoccupations croissantes du public concernant le bruit, l'utilisation de l'eau, les coûts de l'énergie et les impacts environnementaux. Un conférencier a lancé un défi qui dépassait l'infrastructure : comment le secteur répond-il à l'appréhension du public à l'égard de l'IA elle-même? Si l'infrastructure de l'IA représente une occasion économique importante, gagner la confiance du public exigera une mobilisation tant du gouvernement que de l'industrie.

Les conférenciers ont observé que toutes les grandes industries d'infrastructure — du pétrole et du gaz ainsi que des pipelines à l'éolien et au solaire — ont traversé des périodes de résistance du public, et ont souligné que l'éducation et une mobilisation communautaire soutenue sont essentielles pour les surmonter. Plusieurs ont également insisté sur le fait que l'industrie doit continuer de se tenir, ainsi que ses pairs, à des normes élevées, en se poussant mutuellement à adopter les meilleures pratiques en matière d'utilisation de l'eau, d'émissions, de bruit et d'impact communautaire plutôt que d'attendre que la réglementation les impose.

L'expérience de Rizer dans le comté de Loudoun renforce ce point : il est essentiel de rendre les engagements envers la collectivité transparents et exécutoires dès le départ. Pour l'Alberta, où le cadre réglementaire est encore en cours d'élaboration, l'approche adoptée en matière de mobilisation du public influencera probablement la trajectoire du secteur pour les années à venir.

Construction et main-d'œuvre

La main-d'œuvre de la construction en Alberta, historiquement orientée vers le pétrole et le gaz, est bien placée pour soutenir le développement des centres de données, mais la concurrence pour les travailleurs qualifiés s'intensifie à mesure que plusieurs projets avancent simultanément. Des conférenciers d'EllisDon et d'autres entrepreneurs ont noté que la construction modulaire et la préfabrication deviennent essentielles pour gérer les risques liés aux échéanciers, particulièrement dans les régions moins urbanisées.

Perspectives

Le secteur de l'infrastructure numérique de l'Alberta est passé du stade de l'intérêt initial à celui du développement actif. Le cadre réglementaire de la province applicable aux centres de données est l'un des plus développés au Canada, et d'importants engagements hyperscale sont maintenant en place.

D'importants défis subsistent toutefois. Les contraintes de capacité du réseau, le rythme du développement de nouvelles capacités de production, la complexité réglementaire entourant les configurations d'autoproduction, la politique fédérale non résolue en matière de droit d'auteur touchant les charges de travail d'entraînement de l'IA et les préoccupations de la collectivité au sujet de l'IA et des impacts des centres de données exigeront tous une collaboration continue entre l'industrie, le gouvernement et les organismes de réglementation.

Nos avocats suivent activement l'évolution de ces cadres réglementaires et stratégiques ainsi que la façon dont ces changements peuvent toucher les centres de données et les autres acteurs du marché. Si vous souhaitez discuter de l'information ou des enjeux abordés dans ce billet, veuillez communiquer avec les auteurs ou avec les équipes Energy Regulatory et Power & Renewables de Bennett Jones.

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Auteur(e)s

Larissa D. Lees, Avocate
Calgary  •   403.298.3163   •   leesl@bennettjones.com
Jessica Kennedy, Associée
Calgary  •   403.298.3119  •   kennedyj@bennettjones.com