Perspective

Perspectives économiques semestrielles de 2026

Un monde en mutation - nouveaux risques, nouvelles possibilités
27 mai 2026
Bannière aux tons bleutés présentant, à droite, trois panneaux verticaux illustrant des infrastructures de grande envergure : une vue en contre‑plongée à l’intérieur d’une structure cylindrique, un ensemble de réservoirs de stockage sphériques à l’extérieur et un grand navire en construction entouré d’échafaudages.
Auteur(e)s
Serge DupontConseiller principal

 

Un univers complexe pour la prise de décision

En 2026, les dirigeants politiques et les chefs d’entreprise sont confrontés à des forces mondiales perturbatrices qui présentent des risques économiques et financiers considérables, tout en transformant les marchés et en créant de nouvelles voies de croissance pour les années à venir.

La rupture de l’ordre mondial, la rivalité stratégique entre les grandes puissances, les guerres, la crise énergétique, l’imprévisibilité de la politique tarifaire et commerciale américaine, les risques et les retombées incertains liés aux investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA), ainsi que les tensions sur les marchés financiers créent collectivement un univers particulièrement complexe pour la prise de décision.

Il existe un consensus parmi les chefs politiques et les chefs d’entreprise au Canada selon lequel l’adaptation aux nouvelles réalités mondiales et la promotion de notre sécurité économique et nationale reposent sur la mobilisation de l’investissement privé.

Il existe également un consensus selon lequel, après des années de stagnation des investissements et de faible croissance de la productivité, une hausse marquée des flux d’investissement est nécessaire pour rattraper les occasions perdues et assurer l’avenir du Canada.

Le problème à résoudre n’est pas un manque de capitaux financiers. Une abondance de capitaux provenant des entreprises, des institutions et de sources privées, au Canada et à l’étranger, est prête à être mobilisée vers de nouvelles occasions d’investissement.

En tant qu’économie avancée et riche en ressources naturelles, dotée d’une main-d’œuvre instruite, d’institutions solides et d’un respect de l’état de droit, le Canada présente un niveau de risque inférieur à celui de la plupart des autres destinations d’investissement dans le monde. Cela dit, les investisseurs nationaux et étrangers sont guidés par des objectifs de rendement.

Il revient principalement aux dirigeants d’entreprise – aux conseils d’administration et aux équipes de direction des grandes, petites et jeunes entreprises – de repérer les occasions sur le marché, de gérer les risques commerciaux et de réaliser les investissements.

Si le gouvernement peut fixer des objectifs et, dans certains cas, agir comme un partenaire actif, y compris en tant que co-investisseur, son rôle principal est de créer un environnement politique prévisible et rationnel qui permet aux chefs de file du marché et aux innovateurs de réaliser un rendement compétitif et ajusté au risque.

En 2025, les droits de douane américains sur les importations et les menaces pesant sur notre souveraineté et notre sécurité économique ont servi d’avertissement.

Les gouvernements ont envoyé de nombreux signaux positifs et pris des mesures précoces pour favoriser l’investissement. Toutefois, les investisseurs demeurent prudents. Il reste encore beaucoup à faire. La mobilisation du secteur privé et l’amélioration de la coordination des politiques publiques entre les gouvernements sont essentielles pour établir des conditions propices à l’investissement.

Malgré l’incertitude mondiale, les risques et les perspectives de croissance modeste à court terme, il est important de fixer une orientation claire et de déployer les investissements dès maintenant pour renforcer la résilience et placer l’économie sur la voie d’une plus grande prospérité.

Perspectives à court terme

Nous présentons un scénario de référence pour les économies américaine et canadienne pour 2026 et 2027.

Ce scénario repose sur l’hypothèse qu’une résolution du conflit en Iran rétablira la circulation normale dans le détroit d’Ormuz et que les effets de la perturbation de l’approvisionnement en énergie et en marchandises commenceront à s’estomper vers le milieu de 2026. Nous supposons que les droits de douane américains existants demeurent en vigueur, sur la base d’une quelconque autorité juridique, et que l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) continue de s’appliquer essentiellement selon les mêmes conditions qu’auparavant.

Dans ce scénario, le PIB réel des États-Unis croît de 2,1 % d’un T4 à l’autre en 2026 et en 2027. L’inflation fondamentale américaine atteint un sommet d’environ 3,5 % vers le milieu de l’année 2026, puis diminue graduellement pour se situer juste en dessous de 2,5 % au T4 de 2027.

Nous estimons que la Réserve fédérale, sous la direction de son nouveau président, Kevin Warsh, continuera à viser un équilibre prudent entre la stabilité des prix et le plein emploi, conformément à son mandat. Elle maintiendrait donc son taux directeur en 2026 et le réduirait d’environ 25 points de base au T2 de 2027, celui-ci atteignant 3,5 %, soit presque le milieu de la fourchette des estimations du taux d’équilibre à long terme.

Au Canada, la croissance du PIB réel s’accélérerait d’un T4 à l’autre, passant de 0,7 % en 2025 à 1,7 % en 2026, avant de ralentir légèrement pour s’établir à 1,5 % en 2027. La croissance annuelle moyenne du PIB réel serait de 1,1 % en 2026 et de 1,6 % en 2027.

Les taux de croissance annuels au Canada que nous prévoyons ne sont pas spectaculaires, mais par habitant, ils représenteraient un rendement supérieur à celui observé pendant une grande partie de la dernière décennie : environ 1,1 % en 2026 et en 2027.

L’inflation globale au Canada atteindrait un sommet d’environ 3 % au T2 de 2026, en raison de la hausse des prix de l’essence et de l’énergie. L’inflation devrait revenir à la cible de 2 % au second semestre de 2027. La Banque du Canada maintiendrait son taux directeur à 2,25 % jusqu’à la fin de 2027.

Il existe des risques à la fois d’amélioration et de détérioration dans notre scénario de référence.

La prolongation du conflit au Moyen-Orient et le maintien des prix de l’énergie à un niveau élevé alimenteraient l’inflation et freineraient la demande mondiale. Pour le Canada, toutefois, cela aurait un effet compensatoire en raison de l’augmentation des produits provenant des exportations. Si la hausse des prix des marchandises stimule aussi l’investissement, le gain net pourrait être plus important.

La politique commerciale américaine demeure un facteur d’incertitude. Le risque de détérioration est important, mais il doit être replacé dans son contexte. À titre d’illustration, si toutes nos exportations vers les États-Unis, actuellement exonérées de droits de douane en vertu de l’ACEUM, étaient assujetties à un droit d’importation de 10 %, l’impact estimé sur le niveau du PIB réel au Canada serait d’environ 0,6 % en 2027. Cela représenterait une perte permanente, mais qui s’accompagnerait aussi d’ajustements.

Les risques extrêmes, particulièrement de détérioration, ne peuvent être ignorés. Une revalorisation brutale des actifs, tels que les actifs liés à l’IA qui dominent désormais les marchés boursiers, pourrait déstabiliser les marchés mondiaux et augmenter le coût du capital. Cela se répercuterait sur l’économie réelle et freinerait l’activité dans de nombreux canaux.

L’occasion d’investissement

Nous traversons une période de perturbations majeures. Les moments comme celui-ci ne mettent pas seulement les chefs de file à l’épreuve : ils les redéfinissent. Trop souvent, nous pensons que la stabilité est le fruit d’une bonne stratégie. Nous confondons la méfiance avec la prudence. Et nous pensons que le déclin graduel est inévitable plutôt qu’évitable.

Goldy Hyder, président et chef de la direction, Conseil canadien des affaires

Les forces mondiales qui peuvent inciter les entreprises à adopter une approche prudente à court terme façonnent également les occasions de tirer parti des atouts du Canada, de bâtir des avantages concurrentiels et de développer et de saisir de nouveaux marchés.

Le Canada est déterminé, avec ses partenaires de l’OTAN, à augmenter ses dépenses de défense de façon à ce qu’elles atteignent 5 % du PIB d’ici 2035. Le renforcement des capacités de défense est un levier d’accélération des investissements publics et privés dans les infrastructures militaires et à double usage, y compris dans les régions arctiques du Canada, permettant de bâtir de nouvelles capacités industrielles, de stimuler l’innovation technologique et d’élargir nos relations économiques et de sécurité à l’échelle mondiale.

Bien exploités, la Stratégie industrielle de défense du Canada et un nouvel organisme fédéral visant à transformer l’approvisionnement militaire peuvent tirer parti des capacités nationales traditionnelles telles que l’aérospatiale et les communications, tout en développant le potentiel éprouvé du Canada en matière d’IA, d’informatique quantique, de cybersécurité et d’autres technologies. Un effort national peut mobiliser les grandes et les petites entreprises, ainsi que les fournisseurs nationaux et étrangers.

Les perturbations sur les marchés de l’énergie et des marchandises soulignent, pour nos partenaires économiques, la valeur stratégique et économique d’un approvisionnement fiable et responsable en pétrole, en gaz naturel liquéfié (GNL), en engrais et en minéraux critiques.

Dans un contexte marqué par une grande dispersion des scénarios concernant la demande, l’offre et les prix à l’échelle mondiale, le secteur privé doit jouer un rôle prépondérant dans l’évaluation des occasions sur le marché, la mise en place d’ententes commerciales, la mobilisation des capitaux et la gestion des risques de marché.

La principale tâche des gouvernements est de rationaliser les processus réglementaires et de réduire les risques liés à ceux-ci, et de faciliter les consultations et la participation des Autochtones. La mise en œuvre diligente des politiques énoncées aidera le Canada à tourner la page sur des années d’occasions manquées.

Plus d’un an après le « jour de la libération », et bien que l’incertitude persiste quant à la politique commerciale américaine, il est évident que le commerce mondial est tributaire d’un ensemble plus large de facteurs et qu’il continue de croître à mesure que les marchés s’ajustent.

Le Canada est et demeurera une nation commerçante avec les États-Unis comme principal partenaire commercial. À l’échelle internationale, le défi que nous devons relever est double.

D’abord, dans la mesure du possible, nous devons nous efforcer de négocier avec l’Administration américaine les conditions d’une relation commerciale renouvelée, prévisible et mutuellement avantageuse qui comprend, dans le cadre de l’examen de 2026, le renouvellement, à tout le moins, des éléments essentiels de l’ACEUM. L’expérience d’autres partenaires des États-Unis montre que la précipitation n’est pas une bonne solution. Le Canada vise un accord avantageux.

Deuxièmement, les gouvernements et les entreprises doivent travailler ensemble, comme une « équipe Canada » pour élargir les relations commerciales et d’investissement du pays avec des partenaires autres que les États-Unis, ce qui repose davantage sur la recherche plus persuasive d’occasions de vendre nos biens et services au reste du monde que sur la conclusion de nouveaux accords commerciaux.

L’IA et les technologies numériques deviennent des facteurs perturbateurs toujours plus puissants, obligeant gouvernements et entreprises à agir dès aujourd’hui pour en tirer parti tout en protégeant la souveraineté ainsi que la sécurité économique et nationale.

Pour le Canada, le développement et la diffusion productifs et rationnels de l’IA et des technologies numériques nécessitent des investissements dans l’infrastructure numérique ainsi que dans l’innovation et les compétences visant à renforcer notre propre écosystème d’IA et à permettre aux travailleurs de s’adapter à l’évolution des emplois.

Notre succès dans l’économie numérique dépend de notre capacité à développer à grande échelle des entreprises innovantes pour commercialiser la propriété intellectuelle, en veillant à capter notre part de la valeur créée plutôt que de simplement accroître notre dépendance envers les géants américains (ou chinois) de la technologie.

La modernisation de la politique-cadre de l’économie numérique – de la souveraineté des données et de la protection des renseignements personnels à la concurrence et à la fiscalité – exige de l’innovation et de nouveaux niveaux de collaboration intergouvernementale, au Canada et à l’échelle internationale avec d’autres puissances moyennes.

Conditions des politiques horizontales

Confrontés à des réalités mondiales exigeantes, les gouvernements ont été, au cours de la dernière année, animés par un regain d’ambition et un sentiment d’urgence.

Des mesures ciblées et discrètes visant à déployer ou à « catalyser » l’investissement comprennent notamment la création de nouveaux organismes et de nouveaux fonds, l’expansion des investissements publics et l’introduction de nouvelles dépenses pour répondre aux pressions immédiates et obtenir des résultats rapides.

La mise en œuvre de ces initiatives exige un engagement continu.

Pour aller de l’avant, les gouvernements doivent transformer le cœur de l’architecture actuelle des politiques et de la prestation de services.

Cela sera plus difficile. Cela prendra plus de temps. L’orientation doit être établie dès le début, ainsi que des objectifs provisoires au fil du temps.

Premièrement, les gouvernements doivent entreprendre un examen structuré fondé sur des principes de la législation et de la réglementation en vigueur afin d’améliorer la structure d’incitation à l’investissement et à l’innovation. Le système fiscal est un domaine d’action prioritaire.

  • Des crédits d’impôt ciblés ou des super-déductions, comme ceux qui ont été adoptés législativement au cours des dernières années et qui comportent des dates d’expiration définies, permettent d’accélérer l’investissement des entreprises. Toutefois, ils ajoutent de la complexité et nuisent à la circulation des capitaux vers leurs utilisations les plus productives.
  • Tout en donnant suite aux mesures annoncées, le gouvernement fédéral pourrait définir l’orientation et les principes d’un examen plus large du régime fiscal afin de simplifier les règles et, au cours des années suivantes, de créer un incitatif plus uniforme pour toutes les formes d’investissement.

Deuxièmement, la coordination intergouvernementale devrait être renforcée. La plupart des domaines de politique publique relèvent de compétences partagées. Dans les domaines d’activité comme l’IA et l’économie numérique, où les forces concurrentielles et la technologie exigent des cadres politiques agiles, la collaboration est essentielle au développement des capacités. Cela ne signifie pas nécessairement une forte intervention du gouvernement fédéral. Les provinces peuvent prendre les devants.

  • La mesure la plus facile à mettre en œuvre reste la suppression des barrières au commerce intérieur. Malgré une accalmie des tensions au début de 2025 et quelques progrès, l’élan derrière cette priorité ne suffit pas à produire des avancées majeures. Les provinces et territoires doivent intensifier leurs efforts.
  • Les gouvernements peuvent également concentrer leurs efforts sur la collaboration avec les employeurs et les syndicats afin de renforcer et d’améliorer les compétences d’environ 60 % des travailleurs canadiens susceptibles d’être touchés par le déploiement des technologies d’IA au cours des cinq à 10 prochaines années. Les politiques publiques doivent soutenir l’adoption des technologies qui améliorent la productivité et l’adaptation.

Troisièmement, tout en sollicitant le secteur privé pour attirer de nouveaux talents dans la fonction publique, les gouvernements doivent moderniser et rationaliser les institutions publiques afin de fournir des politiques et des services de haute qualité.

Notre système de gouvernement repose sur la capacité de la fonction publique à fournir aux ministres des conseils impartiaux et fondés sur l’expertise, et à mettre en œuvre efficacement leurs décisions. On craint que cette capacité se soit érodée. Elle doit être rétablie.

Quatrièmement, les actions des gouvernements doivent s’inscrire dans le cadre de plans financiers solides.

Le Canada obtient de meilleurs résultats que la plupart des économies avancées, en particulier les États-Unis, en ce qui concerne d’importants indicateurs fiscaux. Néanmoins, les gouvernements sont fortement exposés à une perturbation des marchés financiers qui, en l’absence de marge de sécurité, pourrait nécessiter un ajustement douloureux.

La discipline budgétaire et une saine gestion du système financier sont des moyens essentiels d’inspirer la confiance, de soutenir l’investissement privé et de renforcer la résilience. Le Canada a démontré cette solidité pendant la crise financière mondiale (de 2007 à 2009).

Ces dernières années, les gouvernements ont redéfini les ancrages budgétaires pour répondre à la hausse de leurs dépenses. Les déficits budgétaires prévus ont été revus à la hausse et l’amélioration de la courbe du ratio dette-PIB a été reportée. Compte tenu de la dette plus importante et des taux d’intérêt du marché plus élevés, les coûts du service de la dette ont absorbé une part croissante des recettes de l’État.

Tout en finançant leurs responsabilités essentielles, de la sécurité nationale à l’éducation et aux soins de santé, les gouvernements peuvent reprendre leur avantage mondial et s’appuyer sur celui-ci en établissant des plans fiscaux crédibles qui placent le ratio dette publique-PIB sur une trajectoire fermement descendante. Cela exigera de faire des choix difficiles.

C'est le moment d'agir

Dans un monde en pleine turbulence, le Canada possède des atouts lui permettant de renforcer sa résilience et de se placer sur la voie d’une croissance plus forte. Les bonnes conditions de politiques publiques doivent être en place.

Les entreprises doivent être prêtes à allouer des capitaux et à prendre des risques.

Bennett Jones se réjouit à la perspective de collaborer avec ses clients pour aider le Canada à saisir cette occasion.

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Cette publication fournit un aperçu des tendances et des mises à jour juridiques à titre informatif uniquement. Pour des conseils juridiques personnalisés, veuillez contacter les auteurs.

Note : Cette traduction a été générée par l’intelligence artificielle.

Auteur(e)s

Serge Dupont, Conseiller principal  •   Chef, Politique publique
Ottawa  •   613.683.2310  •   duponts@bennettjones.com