Perspective

Recours collectifs quasi-judiciaires devant le Tribunal de la concurrence

Le Tribunal donne ses premières indications sur les exigences relatives à la recevabilité en intérêt public
Emrys Davis et Lukas VanDusen
4 juin 2026
Abstract geometric design
Auteur(e)s
Emrys DavisAssocié
Lukas VanDusenAvocat

En juin 2025, modifications à l’art. 103.1(7) de la Loi sur la concurrence en vigueur, créant une nouvelle voie d’action privée devant le Tribunal de la concurrence en demandant le statut d’intervention d’intérêt public. En janvier 2026, le Tribunal de la concurrence Martin c. Alphabet Inc a rendu sa première décision interprétant cette nouvelle voie législative d’intérêt public pour un accès privé, établissant les critères d’obtention de l’autorisation et rejetant une demande visant à soulever des allégations de position dominante et de collaboration entre concurrents. Cette décision souligne que, bien que l’article 103.1(7) visait à élargir l’accès au Tribunal, une preuve probante significative démontrant que le demandeur d’intérêt public a un plan de litige viable et la capacité de poursuivre des affaires complexes est essentielle pour obtenir l’autorisation, en satisfaisant à la responsabilité de contrôle du Tribunal.

Pourquoi cette décision est importante

La décision est la première interprétation du critère d’intérêt public pour une autorisation depuis que le Parlement a ajouté cette voie pour compléter la voie traditionnelle des « entreprises concernées » en vertu de la même disposition entrée en vigueur en 2022. Il précise que, bien que le Tribunal vise à élargir l’accès privé, il exercera ses fonctions de contrôle en éliminant les procédures sans mérite ou stratégiques qui grevent les ressources du Tribunal ou des parties défenderesses potentielles. Il est essentiel d’informer les futurs demandeurs qu’un dossier probant mince ne suffira pas et que les preuves produites à l’appui de la demande d’autorisation doivent être liées aux marchés canadiens.

Le contexte en bref

Un développeur de jeux indépendant a demandé l’autorisation de déposer une demande en vertu des articles 79 (abus de position dominante) et 90,1 (ententes anticoncurrentielles) de la Loi sur la concurrence contre Google et Apple. Le demandeur a allégué que Google versait à Apple plus de 20 milliards de dollars américains par année pour être le moteur de recherche par défaut sur les appareils Apple, ce qui décourageait la concurrence sur le marché des fournisseurs de moteurs de recherche et maintenait la domination du marché de Google.

Le test en trois parties du Tribunal concernant l’autorisation d’appel d’intérêt public

Adaptant la jurisprudence concernant le droit d’agir en justice dans l’intérêt public au contexte de la concurrence, le Tribunal, dans l’affaire Martin, a établi un test flexible, cumulatif, en trois parties :

  • Y a-t-il un litige concurrentiel important et réel? L’adhésion doit soulever une question importante propre au Tribunal, appuyée par une base factuelle fondée sur une attestation démontrant une chance réaliste de succès. À ce stade de l’analyse, le Tribunal n’évaluera pas les preuves contradictoires et ne tentera pas de résoudre des questions complexes ou nuancées sur le plan factuel.
  • L’applicant a-t-il un intérêt véritable? Le demandeur doit fournir des preuves d’un intérêt réel et continu dans la question, au-delà d’une simple affirmation, comme un historique d’engagement dans la question ou la représentativité du public concerné.
  • Une procédure devant le Tribunal est-elle un moyen raisonnable et efficace de déterminer les questions en litige? Le Tribunal évalue la capacité du demandeur à gérer le dossier, y compris son plan de litige, ses ressources, son expertise et les témoins ou experts qu’il a identifiés. Ici, le tribunal examinera en fin de compte si l’action proposée représente une utilisation économique des ressources judiciaires et si la procédure proposée est dans l’intérêt public.

Selon les termes du Tribunal, « le seuil global pour qu’un demandeur obtienne l’autorisation ne devrait pas être difficile à franchir, à condition que le demandeur présente des preuves suffisantes concernant les trois questions ».

Application du test dans l’affaire Martin

Le Tribunal a conclu que la première étape du test penchait en faveur de l’autorisation, car les allégations portées contre Google et Apple soulevaient d’importantes questions de concurrence réelles. Cependant, le Tribunal a exprimé des préoccupations quant à la qualité des preuves présentées par le demandeur.

Au deuxième stade de l’évaluation, le Tribunal a conclu que le demandeur avait fourni des preuves minimes à l’appui d’un intérêt véritable pour la procédure proposée. Le demandeur a fait des déclarations en réponse aux facteurs pris en compte par le tribunal à ce stade, mais ces déclarations n’étaient pas étayées par des preuves. L’absence de preuve a joué contre l’octroi du congé.

La troisième branche du test a été la branche décisive pour l’adhésion Martin. Ici, la Commission a conclu que la demande serait dans l’intérêt public. Cependant, elle a également conclu que le demandeur n’avait présenté aucune preuve d’un plan de litige, d’un soutien d’expert, de témoins identifiés ou de la capacité de poursuivre une affaire complexe en matière de concurrence. Le Tribunal a jugé inapproprié de s’appuyer sur la production de preuves pour présenter cette preuve.

Vision pour l’avenir

Martin établit que, bien que la « porte de l’intérêt public » au Tribunal soit ouverte, le Tribunal joue un rôle important de gardien et que la demande doit être étayée par des preuves suffisantes et appropriées. Les candidats doivent fournir des preuves d’expérience des questions liées à la concurrence, des faits ou allégations propres au Canada, et d’un plan de litige viable pour réussir. Pour les répondants, la décision fournit des indications sur les moments où une demande sera inadéquate, par exemple lorsqu’il y a des lacunes dans les preuves pertinentes pour le Canada ou un manque de preuves à l’appui de la capacité du demandeur à gérer des litiges complexes.

Il se peut que les parties intéressées n’aient pas à attendre longtemps pour obtenir de plus amples éclaircissements, car il y a actuellement deux autres affaires devant le Tribunal qui demandent un permis d’intérêt public en vertu de l’article 103.1(7).: Samuelson-Glushko, dans laquelle la clinique Samuelson-Glushko sur le droit et l’intérêt public en matière de politiques Internet canadiennes demande la permission de déposer une demande en vertu des articles 77(2) (entente exclusive et vente liée), 77(3) (restriction du marché) et 79 (abus de position dominante) contre Apple ; et Conseil des consommateurs, dans laquelle le Conseil des consommateurs du Canada demande l’autorisation de présenter une demande contre Live Nation et Ticketmaster, également en vertu des articles 77(2) , 77(3) et 79.

Dans chacun de ces cas, les demandes de permission semblent reposer sur un ensemble probatoire plus complet que dans l’affaire Martin et les décisions pourraient apporter des précisions sur ce que le Tribunal considère exactement comme une « preuve suffisante » pour obtenir la permission de se constituer partie au litige dans l’intérêt public et sur la façon dont le Tribunal continuera d’exercer son rôle de contrôle d’accès.

Si vous avez d’autres questions concernant cette mise à jour ou les recours collectifs en général, veuillez communiquer avec les auteurs ou un membre de Groupe de litige en recours collectifs.

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Auteur(e)s

Emrys Davis, Associé  •   Cochef, Actions collectives
Toronto  •   416.777.6242  •   davise@bennettjones.com
Lukas VanDusen, Avocat
Toronto  •   416.777.7917  •   vandusenl@bennettjones.com