Perspective

Du premier prix au coût final

 les cas de « tarification progressive » sont en hausse
Emrys Davis et Ana Nizharadze
4 juin 2026
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Auteur(e)s
Emrys DavisAssocié
Ana NizharadzeAvocate

En 2022, le Parlement a modifié la Loi sur la concurrence interdire la tarification progressive. Depuis lors, les demandeurs en actions collectives et le Bureau de la concurrence se sont activement employés à intenter des actions contre les entreprises qu’ils accusent d’avoir « échelonné » les prix en ne divulguant initialement pas tous les frais fixes et obligatoires. Les principales cibles sont les entreprises qui vendent en ligne par l’intermédiaire d’un processus de paiement en plusieurs étapes.

L’année dernière a été marquée par le dépôt de plusieurs nouvelles affaires et la publication de décisions importantes qui ont principalement interprété les dispositions sur les prix progressifs en faveur des demandeurs. Cette année laisse présager encore plus de décisions, alors que les demandeurs et le Bureau de la concurrence continuent de tester les limites de ces dispositions relativement nouvelles. Deux décisions récentes rendues par la Cour fédérale font la lumière sur la façon dont les tribunaux commencent à examiner les allégations de tarification progressive alléguée, tant à la certification qu’au fond. 

Quand un « prix inatteignable » est-il représenté?

La Loi sur la concurrence considère comme une fausse ou trompeuse représentation la présentation d’un prix qui n’est pas accessible en raison de frais ou de charges obligatoires fixes. Dans l’affaire Deane c. Société canadienne des postes, 2025 FC 1194, la Cour fédérale a certifié un recours collectif concernant la tarification progressive alléguant que Postes Canada n’a pas divulgué une « surcharge de carburant » obligatoire avant la fin du processus d’achat, ce qui permet de mieux comprendre ce que cette cour pourrait considérer comme une représentation d’un prix inatteignable, même si les frais supplémentaires étaient affichés à un moment donné pendant le processus d’achat.

La transaction à Deane s’est déroulée lorsque les clients ont progressé à travers quatre étapes séquentielles sur une seule page Web, soit l’origine, la destination, le type de colis et les prix des services disponibles. Une boîte de résumé statique en haut de la page était mise à jour au fur et à mesure que le client avançait dans ces étapes, mais le supplément pour carburant n’apparaissait qu’après la sélection d’un service, obligeant le client à remonter en haut de la page pour voir le total majoré.

Par conséquent, le client a vu deux prix pendant le processus de transaction : un premier prix, prétendument inaccessible, à la quatrième étape du processus où le prix de livraison était initialement généré (malgré le fait que Société canadienne de poste était censée connaître le prix « tout compris »), et un deuxième prix dans la case récapitulative statique que le client devait faire défiler pour voir, qui comprenait les frais supplémentaires que le client devait payer. La Cour a estimé que cela suffisait aux fins de certifier une demande de tarification incitative alléguée. 

Quand une redevance est-elle « fixe » et « obligatoire »?

Un autre élément de la tarification progressive est que les frais supplémentaires doivent être « fixes » et « obligatoires ». Dans l’affaire Deane, la Cour a jugé que la majoration de carburant était obligatoire parce que le client devait la payer s’il voulait conclure la vente. Le tribunal a toutefois refusé de déterminer si les honoraires étaient « fixes » au stade de la certification de l’action collective et a renvoyé l’analyse au stade des motifs, où le juge disposerait de toutes les pièces justificatives.

Dans Cineplex Inc. c. Commissioner of Competition, 2026 FCA 10, la Cour d’appel fédérale a reconnu que les frais de réservation en ligne de 1,50 $ de Cineplex étaient fixes, même si certains clients bénéficiaient d’exemptions. Le tribunal a conclu que, si la variabilité d’un tarif est fondée sur une catégorie prédéterminée fixée par le défendeur, le tarif sera considéré comme « fixe », même si différents clients paient un tarif différent. 

Quand une personne a-t-elle subi un préjudice à la suite de prétendus prix incitatifs?

Une autre exigence du prétendument drip pricing est que la personne ait subi une perte ou un dommage en conséquence. Dans l’affaire Deane, la Cour a rejeté l’argument de Postes Canada selon lequel, parce qu’un client voit le prix final avant de choisir d’acheter, le client n’est pas lésé. Selon la Cour, une telle constatation mènerait à un résultat absurde parce que, pour subir des dommages, les clients doivent nécessairement compléter un achat au second prix plus élevé. Le tribunal a également accepté – du moins en vue de la certification – que les dommages-intérêts correspondent vraisemblablement à la différence entre le premier prix affiché et le prix final payé (la différence étant la majoration de carburant). La Cour a toutefois qualifié cette question de nouvelle et a estimé qu’il était préférable de la laisser au juge du procès.

Vision pour l’avenir

L’affaire Deane fait l’objet d’un appel et est l’une des nombreuses affaires de tarification progressive actuellement examinées par les tribunaux et les organismes de réglementation, qui seront tranchées en 2026 et définiront plus précisément la portée de la tarification progressive. Deux autres exemples sont les causes intentées par le Commissaire à la concurrence contre DoorDash et Canada’s Wonderland. Ces affaires, ainsi que d’autres en instance, devraient faire davantage de lumière sur la question centrale posée par les recours en matière de tarification progressive : comment les frais doivent-ils être divulgués aux clients? Les défendeurs soutiennent qu’ils divulguent les frais fixes et obligatoires aux clients, comme l’exige la loi ; le Commissaire et les demandeurs soutiennent que la divulgation était insuffisante (bien qu’elle n’était pas totalement absente).  Le temps et les résultats de ces affaires en instance permettront de déterminer ce qui constitue une divulgation appropriée. 

Si vous avez d’autres questions concernant cette mise à jour ou les actions collectives en général, veuillez communiquer avec les auteurs ou un membre du Groupe de litige en recours collectifs.

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Emrys Davis, Associé  •   Cochef, Actions collectives
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Ana Nizharadze, Avocate
Toronto  •   416.777.7877  •   nizharadzea@bennettjones.com